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si vous aussi, vous désirez nous dire votre nuit de tempête, envoyez nous votre récit ... nous le publierons ici
Un grand plat de pâtes
Tout a commencé par un grand plat de Pasta Pute [1]qui a réuni plusieurs bateaux du ponton le 27 février. Tout en partageant le repas, chacun commentait la tempête à venir surtout après avoir reçu le SMS de la capitainerie conseillant de doubler les amarres. Quels étaient les avantages et les inconvénients de dormir à bord ce soir là ?
Quand chacun rejoignit soit son bateau soit son appartement en ville vers minuit, le vent soufflait certes mais on avait déjà vu pire.
La mer qui monte, qui monte, qui monte
Vers 2h et demi du matin, le spectacle des bateaux qui gitaient sérieusement dans le port m’incita à tenter quelques photos, mais c’est surtout la physionomie inhabituelle des pieux du ponton qui attira mon attention : il n’en restait pas grand’chose. Une vérification dans l’annuaire des marées confirma que le plein était bien à 4h1/2 soit encore plus de 2 heures à attendre….
Au même moment le cuistot des Pasta Pute, dont le bateau est tout au bout du ponton, frappa au hublot : « c’est intenable là-bas, on va dans la voiture, venez-donc nous rejoindre, on papotera au calme quelques heures »… !!! Calme tout relatif comme on va le voir.
En fait, la digue du Bout blanc commençait déjà à être envahie par l’eau, les poubelles apprenaient à nager. Le temps d’aller au bout de la Digue et le niveau d’eau avait déjà monté, nous décidâmes donc de retourner chercher nos propres voitures au ponton et de prévenir un ami resté à bord qu’il fallait qu’il évacue rapidement. Bien au chaud devant un film, il n’avait aucune envie de sortir : « je dois mettre des bottes ? Inutile, enlève plutôt ton pantalon, mais dépêches toi ou tu ne démarreras pas ton fourgon ».
Et nous voilà repartis en direction de l’avenue Miche Crépeau ; un arrêt de quelques minutes avec les pompiers pour leur signaler qu’une personne aurait peut-être besoin d’aide sur notre ponton et le niveau montait, montait.
Une voiture qui navigue
Vous croyez que c’est plat les Minimes ? Eh bien pas du tout, c’est pire que les Alpes, des cols insurmontables -mais bienvenus- et malheureusement des vallées profondes. C’est dans la vallée Michel Crépeau que ma voiture décida de tenter sa première navigation, totalement contre mon gré. Et avec si peu d’expérience à son actif, commencer par une navigation de nuit, cela lui fut fatal. Rapidement elle paniqua et fut débordée par les éléments, visiblement elle ne savait pas où elle allait. Je décidai donc d’abandonner la rebelle à son sort.
Au même moment j’aperçus une silhouette qui pataugeait dans la mer en pleine rue, de l’eau à la poitrine. C’était mon mari dont la voiture qui roulait 10 mètres devant la mienne avait accepté de traverser la vallée Michel Crépeau, sans problème… elle en mourut d’ailleurs le lendemain. Agrippés l’un à l’autre, il m’aida à quitter les lieux, car bien que, à ma connaissance, aucun document du SHOM n’indique les courants avenue Michel Crépeau à PM – 1 heure, ils y sont curieusement forts.
Un aller et retour à la maison pour prendre une douche (imaginez l’état de la salle de bain et du couloir) et nous voilà de retour aux Minimes… où ça montait toujours.
Un gag quand on y repense ensuite : croisant la police, je m’arrête pour les prévenir que ma voiture se promène toute seule dans ou sur les flots, mais qu’ils ne s’inquiètent pas, je suis saine et sauve… « Ah mais madame, il y en a des milliers qui se promènent toutes seules, alors on ne peut pas s’inquiéter pour chacune ». En fait nous étions bien loin de nous rendre compte de la gravité de la situation.
Un bateau qui se pend
Un coup de téléphone aux collègues de ponton : ils sont réfugiés à proximité de la SNSM sur un îlot de bitume, mais qui est maintenant inaccessible aux voitures. Nous les rejoignons donc à pied et constatons que le ponton professionnel, le seul que nous voyons dans la nuit a bien souffert et plusieurs bateaux sont déjà sur le remblai. Nous commençons à nous inquiéter sérieusement pour nos propres bateaux. Nous ne pouvons pas nous empêcher de songer aux dégâts de la tempête de 1999.
6 h, le niveau commence doucement à redescendre, le jour à poindre, le vent souffle mais pas au point d’être dangereux pour des piétons et nous décidons donc une expédition de reconnaissance à notre ponton. Ce que nous craignions est exactement en train de se réaliser : le ponton est passé par-dessus le 1er pieu - dont nous apprendrons rapidement qu’il porte le joli nom de Duc d’Albe- mais ce maladroit est incapable de retrouver son chemin après cette escapade et se retrouve coincé là-haut… et notre bateau commence à être dans une position assez inconfortable, suspendu par les amarres avant. Et maintenant le niveau descend, descend.
La passerelle n’est plus vraiment en face du ponton, mais au prix de quelques acrobaties, nous voilà à cheval sur le ponton incliné à 60° pour une analyse plus précise de la situation. Une seule solution : couper toutes les amarres après avoir mis en place de longues amarres qui permettront de larguer le bateau qui devrait reculer puisqu’il est face au vent, attendre que le ponton s’écroule et tout remettre en place.
Après avoir renvoyé à terre la gent féminine, plus ceux qui étaient handicapés par une hernie, une hanche en plastique ou autres maux ; il ne restait pas grand’monde au travail.
Ce qui peut paraître facile tel que décrit dans le paragraphe précédent, fut dans la pratique une opération longue et malaisée : dans un premier temps, réussir à monter à bord, puis se déplacer sur un pont qui a déjà pris une bonne inclinaison, trouver une torche puissante, un couteau bien affuté, de grandes amarres, tout ceci de nuit et dans le vent. Une fois l’opération menée à bien, constater que les 2 bateaux voisins et les cat-ways endommagés coincent le bateau et l’empêchent de reculer. Donc refaire la même manip sur les voisins.
Ensuite attendre que le ponton s’écroule pour réamarrer le bateau. Il n’est pas loin de 9 heures quand le bateau a repris sa place et c’est l’heure d’aller prendre des nouvelles de la voiture baladeuse. Introuvable, non seulement elle a appris à nager mais elle semble s’être envolée.
Une voiture qui ne navigue plus
Nous laissons la mer descendre encore un peu et finalement nous retrouvons la fugueuse à l’opposé de l’endroit où nous la cherchions : lorsque je l’avais quittée, elle partait d’un air décidé vers le rond point de l’Europe et elle a dû changer d’avis puisqu’elle s’est finalement confortablement installée dans le fossé en face de chez Pochon.
Appel à l’assurance qui organise un enlèvement de la voiture pour midi mais sans être trop affirmative sur l’heure… car nous ne sommes pas les seuls. Ça on commence à le comprendre et à saisir l’ampleur de la catastrophe. Un peu agaçante l’attente du camion remorque avec les badauds qui prennent les photos de la voiture et y vont de leur petit commentaire intelligent« Et en plus la vitre est restée ouverte, ça doit être tout mouillé à l’intérieur… ». Une partie du ponton attend le dépanneur avec nous, on n’abandonne pas les copains en cours de route. Le dépanneur arrive avec ½ heure d’avance, voilà une affaire rondement menée.
On commence à avoir une petite faim car les Pasta Pute sont loin. Pendant que les collègues vont préparer un petit graillon, nous repartons à la maison voir s’il reste quelques tuiles sur le toit. En fait le vent n’a pas été si terrible et juste quelques tuiles à remettre en place.
Et le retour au calme
De retour aux Minimes, il apparaît que l’état du ponton ne permet pas de laisser le bateau à son emplacement habituel et nous lui trouvons une place provisoire plus confortable. Une vingtaine de bras sont présents pour nous accueillir au nouvel anneau.
Enfin ça y est nous allons déjeuner ; il est à peine 15 heures. Inutile de préciser que le mélange d’épuisement, d’excitation, de soulagement que rien de pire ne se soit produit est exactement ce qu’il faut pour un repas convivial et ponctué d’éclats de rire incessants. C’est pas grave, c’est nerveux.
A 20 heures chacun avait regagné sa couchette, après ces 36 heures mémorables et sans sommeil.
Pour finir sur une touche positive, ce sont les liens qui se resserrent et même se créent dans ce genre de circonstances. Encore un merci tout particulier au jeune homme en ciré rouge, que nous ne connaissions pas à l’époque, et qui a galopé une partie de la nuit sur notre bateau pour aider à l’opération de sauvetage.
Presque un petit regret par rapport aux jours qui ont suivi : la petite navette privative mise en place au ponton avant la navette officielle de la capitainerie (tout d’abord un morceau de ponton, puis un Optimist), les discussions à n’en plus finir sur la pression atmosphérique et la hauteur des Ducs d’Albe, bref la convivialité qui s’était installée.
[1] Délicieux plat de pâtes aux anchois traditionnellement concocté par certaines petites dames italiennes, d’où le nom du plat.
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Ce jour là, nous sommes venus dans l’après-midi sur notre bateau, pour enlever la capote, doubler les amarres, attacher les protections de barre à roue et table du cockpit, que nous ne retrouverons pas le lendemain, malgré la présence d'un saucissonnage !...
Nous croisons d’autres voisins de ponton, qui comme nous, sont venus vérifier ce qui peut l’être. D’autres voisins nous ont rejoints : nous sommes maintenant 4 couples.
Trois couples désirent « passer la nuit » dans leur bateau. Nous rentrons diner chez nous, avec un couple ami. La dame reste « dormir » chez nous, et le Monsieur rejoint son bord vers 22h30. A ce moment là, c’est à peu prêt calme, nous pensons que la météo s’est trompée, la tempête n’est pas pour nous. Il est environ 23 heures.
A 2h1/4 du matin, coup de téléphone alors que le vent est monté. C’est l’époux de notre amie, il a évacué son bateau, l’eau est trop haute sur les pieux, il reste encore plus de deux heures avant la marée haute. Ce sont les amis d’à côté qui l’ont prévenu en évacuant eux aussi 10 minutes plus tôt.
Le temps de s'habiller et de se présenter pour gravir la passerelle, qu'il trouve inversée, sa base dans l’eau. Obligé de se déshabiller, c’est en slip, a 2 heures du matin, de l’eau jusqu'à mi ventre, qu’il peut rejoindre la partie émergée de la passerelle. Il pleut à verse, le vent est très fort, le bruit assourdissant, il n’y a plus de lumière.
Arrivé en haut de la passerelle, il constate que le parking du "bout blanc" est sous l’eau, que tous les trous dans les blocs de la digue font office de lance d'incendie sous pression, que sa voiture flotte et dérive. Il pourra rejoindre son J9, qui lui est stable, toujours en slip. Il arrive à trouver les clés, réussi à démarrer après des efforts répétés, , et à aller se garer à côté de la Pause Océane. Là, il retrouve les amis, partis 10 minutes plus tôt, et qui eux sont au sec dans leur véhicule. Il se rhabille dans son j9, et nous demande de l’héberger un instant chez nous.
10 minutes plus tard, notre ami hirsute, crotté et trempé comme un chien mouillé entre chez nous, ou nous lui prêtons des vêtements secs. Le survêtement a un sérieux feu de plancher, et les manches lui sont à moitié bras. Aussitôt séché et revigoré, nous décidons de descendre sur le port, prêter main forte si nous le pouvons. Il est environ 3 heures lorsque nous montons dans le J9. Le temps qu’il fait, ne nous semble pas du tout correspondre à ce que notre ami nous décrit.
Bien sur, il y a du vent fort, et il pleut. Nous avons déjà connu çà, et cela nous semble dans « la normale », compte tenu des infos radios et télés de 23h.
Le trajet dure 10 minutes… nous pensions rencontrer des conditions comme en 1999, où vraiment sortir dehors, était alors très risqué, compte tenu de tout ce qui volait… mais là, rien de comparable…, et c’est plutôt sereinement que nous faisons route vers le port.
Et là, nous commençons à entrevoir la gravité des évènements. Nous arrivons par l’université, et devons traverser l’avenue Michel Crépeau,
en face de ce qui était anciennement Marina. L’aire de carénage est alors sous l’eau, et c’est de l’eau jusqu’au marche pieds du j9 que nous continuons notre route doucement. Je dis à notre ami de rebrousser chemin, si l’eau continue à monter, il va perdre aussi son J9. Il répond que nos autres amis nous attendent dans leur voiture garée à côté de la Pause Océane, et qu’il nous faut les rejoindre… Nous continuons de rouler au pas. L’eau lèche le marche pieds, en tournant au coin de l’aire de carénage, en longeant les bers côté digue, l’eau recule un peu, pour finalement laisser place au bitume à hauteur de la Voilerie Klein.
Là, nous apercevons la voiture de nos amis, moteur au ralenti et phares allumés. Nous en sommes soulagés. Il est environ 3h30, çà souffle fort… il n’y a presque pas de pluie, plutôt des embruns qui volent… il n’y a pas de lumière et seul les phares nous éclairent. Nous nous abritons derrière la Pause Océane, l’eau est autour de nous, mais curieusement, dans un rayon de 150 mètres, il n’y a pas d’eau… Nous ne distinguons pas le parking du "bout blanc", pas plus loin que la SNSM… Nous allons nous mettre au chaud dans les toilettes, et y rencontrons un couple en combinaison de survie, qui nous dit avoir évacué leur "Amel", à peu prêt dans les mêmes conditions que notre ami, il y a une heure. Ils attendent que le niveau d'eau baisse, pour y retourner.
Nous ne voyons personne d’autre et patientons à l’intérieur. Nous en ressortons vers 4 heures, et nous abritons de nouveau derrière la Pause Océane. Il n’est pas possible pour l’instant d’aller rejoindre le parking du "bout blanc" bien qu’il nous semble que le vent ait baissé. Nous voyons à ce moment, une vague monter sur la digue des Tamaris et s’enrouler, un peu comme "une buse de tout à l’égout". Elle s’envole … et retombe sur la vitrine de "big Ship", qui explose…
Il fait noir, on entend un bruit de succion, un peu comme un bouchon lorsque l’on débouche une bouteille, mais en mille fois plus fort, ce qui correspond à l’envol de la vague « buse d’égout »… Il est environ 4h15…
Le vent baisse, et il nous semble possible d' aller sur le parking du" bout blanc". Notre ami en J9 passe par le sas d’entrée de la digue. Nous n’osons aller avec lui. C’est à pieds que nous le rejoignons, à hauteur des pontons 24/23/22 ou se trouvent nos bateaux. Le sol est très glissant, il y git des tas de choses non identifiables. Nos yeux, habitués à l’obscurité ne remarque rien d'inhabituel. Il est 4h20 lorsque nous empruntons la passerelle pour rejoindre le ponton. Nous constatons alors que le collier guide est coincée en haut du pieu. Il n’y a qu’un ou deux centimètres de sorti… Nous pourrions le remettre si nous avions des outils : des barres à mines. Nous téléphonons à la Capitainerie, et demandons si quelqu’un peut apporter de suite deux barres à mine… On nous répond que des personnes arrivent. Ces personnes arrivent vingt minutes plus tard, sans outils. De toutes façons, il est trop tard, la marée s’est inversée, et ce n’est plus deux centimètres, mais 20 maintenant qui tiennent on ne sait comment la passerelle… Après avoir regardé, ces personnes nous disent, « que cela va se remettre tout seul », tournent les talons, montent dans leurs voitures et s’en vont.
Le bateau d’un de nos amis jouxte la passerelle, et nous observons que celui qui lui fait face, a son ancre engagée dans la rambarde du ponton, ce qui enfonce par son poids l’avant dans l’eau. L’arrière de ce bateau est déjà presque sorti de l’eau… Sans presque nous concerter, 6 d’entre nous grimpent sur l’avant du bateau, et parviennent en l’enfonçant davantage, à dégager l’ancre qui le retiens, pendant que deux autres personnes parviennent à le reculer assez… Les amarres sont rompues… et nous piochons dans nos réserves.
Il faut maintenant vite reculer le bateau de nos amis, car la mer descend rapidement, et nous craignons maintenant que la passerelle ne retombe. Nous coupons donc ses amarres, qui sont fixées au collier, le bateau recule tout seul, le vent de face l’y aidant. Nous tournons de nouvelles amarres plus longues, et nous évacuons la passerelle. il doit être 6h. Nous distinguons le ponton d’à côté qui commence à faire l’accordéon. Un 425 Dufour recule dans la panne, et s’en va se « refugier » ailleurs : Il aura la chance de ne pas prendre de bout dans l’hélice, et s’en tirera sans une égratignure. Pendant ce temps, sur le parking du" bout blanc", les voitures en stationnement sont noyées… La voiture de notre ami, a de l’eau jusqu’à la hauteur des sièges. Elle est maintenant en butée sur la bordure du trottoir de l’empierrement, et refuse de démarrer. Elle sera perdue, comme beaucoup d’autres, ainsi que le J9, qui ira quand même le lendemain jusque dans leur maison du Médoc, mais refusera obstinément de repartir : électronique corrodée et irrécupérable. Il finira à la casse.
Il est maintenant 7 heures. Nous entendons, et voyons les premiers pontons retomber, se décrocher et secouer les bateaux environnants. Les mats tremblent. Certains genois battent l’air et ressemblent à des étendards ayant essuyé la mitraille. Le bruit est d’ailleurs comparable. Un ponton de jonction chez Amel, ressemble à un toboggan de ski qui aurait mal tourné… Le spectacle est indescriptible…
notre passerelle retombe à son tour, mais ouf !, les bateaux à côté n’ont presque rien… Notre ponton lui, n’est pas resté accroché aux pieux. Nous avons eu la chance insigne que depuis des années, il penchait sur bâbord. Le ponton d’à côté n’a pas eu cette chance, et s’est transformé lui en accordéon de montagnes russes…
Il fait jour maintenant, et nous sommes sous le choc et très en colère.
Nous pensons tous que si les pieux avaient été rehaussés après 1999, comme certains l’avait demandé, Il y aurait eu moins de dégâts : Ceci est une autre histoire.
C’était le 28 Février 2010 …
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