Vendée Globe. Pas de virus en mer ? Le vrai et le faux

Il se dit souvent que seul en mer, un skipper est à l’abri d’être infecté par un virus. Un bateau n’est pourtant pas un endroit stérile. Jean-Yves médecin pionnier des grandes courses au large, dont le Vendée Globe démêle le vrai du faux. Explications.

43 ème édition de la Figaro au départ de Paimpol – Jean Yves Chauve medecin de la course
43 ème édition de la Figaro au départ de Paimpol – Jean Yves Chauve medecin de la course | OUEST FRANCE ARCHIVES

Jean Yves Chauve

médecin des grandes courses au large

Jean-Yves Chauve, on a souvent entendu dire qu’il n’y avait pas de virus en pleine mer, ou, du moins que s’il n’y en avait pas à bord des bateaux au départ, il n’y en avait pas après non plus. Est-ce vrai ?

C’est-à-dire que oui, bien sûr, dans la mesure où, un virus, il lui faut un support pour se développer, un support organique. Et peut-être qu’il existe des virus qui circulent au niveau des poissons ou des mammifères marins, c’est possible, mais l’eau est milieu où tout se dilue, et d’ailleurs on précise bien que le virus Covid 19 ne se transmet pas par l’eau. L’eau n’est pas un vecteur et à fortiori la mer car ce serait encore plus dilué vu son étendue ;

On dit souvent que les marins nettoient et désinfectent au chlore leur bateau avant un départ de course afin d’être totalement à l’abri pendant les semaines qu’ils passent, seuls, en mer…

Effectivement, mais de toute façon c’est l’être humain qui est le vecteur du virus. En principe, ce ne sont pas les objets, même si, sur certains supports comme le plastique, la durée de vie d’un virus est un peu plus longue. Mais, normalement la durée de vie d’un virus est très courte. Ce sont donc essentiellement les gens qui montent à bord qui vont postillonner et déposer des virus un peu partout, qui peuvent entraîner une contamination. Et ce sont ces virus qu’il importe de tuer avant le départ. C’est pour ça qu’avant un Vendée Globe, les skippers évitent de faire monter à bord des gens, dans la semaine précédant le départ. Pour éviter une contamination possible ensuite…

Quels sont les virus que pourrait craindre d’emporter, un skipper en solitaire ?

Tous les virus courants… la grippe, le rhume, la rhino-pharyngite…. Mais, c’est souvent aux arrivées que le skippers attrapent plus facilement des infections virales. C’est dû au fait qu’ayant passé près de trois mois sur l’eau, leur système immunitaire n’a pas eu à se défendre. Il faut, en effet, savoir, que l’être humain est en contact en permanence avec des virus, mais des pas méchants, des virus que l’organisme sait gérer parce qu’il fabrique de façon continue des anticorps pour les combattre. Et quand, pendant trois mois, comme l’organisme n’a pas eu à lutter, le taux d’anticorps s’est sensiblement réduit…. Et le jour où le skipper revient à terre, croise des centaines de personnes, serre des mains, ce bain de foule est en fait un bain de virus… Et le skipper finit souvent par tomber malade, les jours qui suivent son arrivée.

Arrivée du Vendée Globe 2016. Victoire d’armer Le Cléac’h sur Banque Populaire en 74 jours, 3 heures, 35 minutes et 46 secondes. | THOMAS BREGARDIS

La prochaine Transat CIC, si elle a lieu, ne va pas durer longtemps, pour un Imoca ce sera à peu près la durée d’incubation d’un Covid 19…

Oui, tout à fait. Et de toute façon, même en mer, un skipper peut déclencher la maladie deux heures après avoir quitté le port, s’il l’avait contractée les jours précédant. Alors deux après, il peut faire demi-tour, mais s’il est au milieu de l’Atlantique c’est plus compliqué. Et même si la plupart des skippers sont assez jeunes, on sait désormais que la gravité n’est pas forcément liée à l’âge. Et puis l’état de fatigue est aussi un critère, souvent en course le corps est sollicité du fait du manque de sommeil.

Vous avez déjà eu à traiter une maladie virale sur un Vendée Globe ?

Oui, bien sûr. Mais le plus souvent, il n’y a pas grand-chose à faire, juste prendre du paracétamol pour faire tomber la fièvre. Mais, en réalité il faut un certain temps pour que l’organisme fabrique ses anticorps. Comme dans le cas d’une grippe, ou d’une rhino-pharyngite virale, angine virale, ou gastro-entérite…

Et vous, comment allez – vous ?

Ben ça va, je m’apprête à monter sur mon bateau et à faire un tour de l’Atlantique sans m’arrêter d’ici 45 jours cela devrait être fini. (Rires). Je blague bien sûr…