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Covid-19. La navigation de plaisance est finalement interdite ! La FIN interpelle Matignon

Peut-on oui ou non naviguer depuis hier, lundi 11 mai, premier jour du déconfinement ? Et bien ce n’est pas du tout évident et ça dépend où : au mieux c’est sur avis favorable du Préfet de département, mais c’est interdit en général ! Un décret en ce sens paru hier « sème le doute et l’incompréhension ». Yves Lyon-Caen, patron de la puissante Fédération des Industries Nautiques, met les pieds dans le plat dans une lettre ouverte au Premier ministre Édouard Philippe.

Yves Lyon-Caen, le patron de la FIN, dénonce un décret qui sème le doute et l’incompréhension.
Yves Lyon-Caen, le patron de la FIN, dénonce un décret qui sème le doute et l’incompréhension. | DR-FIN

Peut-on oui ou non sortir un bateau du port et aller naviguer ? La grande majorité des plaisanciers avait cru comprendre oui, à partir du 11 mai. Le « Deconfinement-Day » était très attendu et, malgré des conditions météo musclées en Atlantique, certains en avaient déjà profité pour mettre les voiles.

Sauf qu’en avoir le droit formel n’est finalement pas si évident ! Et même pas évident du tout, du tout : à la lecture de l’article 9 du décret du 11 mai paru au Journal Officiel (1), on peut lire très simplement que « la navigation de plaisance est interdite. »

Les activités nautiques et de plaisance sont interdites

Pour bien comprendre, voici d’abord les deux passages de ce décret du 11 mai qui concernent directement la plaisance :

II. – L’accès aux plages, aux plans d’eau et aux lacs est interdit. Les activités nautiques et de plaisance sont interdites. Le préfet de département peut toutefois, sur proposition du maire, ou, à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy, du président de la collectivité, autoriser l’accès aux plages, aux plans d’eau et aux lacs et les activités nautiques et de plaisance si sont mis en place les modalités et les contrôles de nature à garantir le respect des dispositions de l’article 1er et de l’article 7 (dispositions générales de lutte contre l’épidémie, ndr).

IV. – Pour les activités qui ne sont pas interdites en application du présent article, l’autorité compétente, respectivement pour les parcs, les jardins, les espaces verts aménagés dans les zones urbaines, les plages, les plans d’eau, les lacs, les centres d’activités nautiques, les ports de plaisance et les marchés informe les utilisateurs de ces lieux par affichage des mesures d’hygiène et de distanciation sociale, dites « barrières ».

Un décret qui sème le doute et l’incompréhension

Il y est donc écrit en toutes lettres que : « les activités nautiques et de plaisance sont interdites »… tout en ménageant aux collectivités locales le droit de les autoriser. Et, dans ce cas, de prendre des mesures pour informer les utilisateurs sur la distanciation sociale et les gestes barrières. Retourner naviguer c’est donc si et seulement si votre préfet y est favorable et si et seulement si les mesures suffisantes sont prises. Donc, ce n’est pas le cas partout loin s’en faut, et pas pour tout le monde.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux plaisanciers se sont alarmés de ce décret dès hier soir. Mais aujourd’hui c’est carrément le président de la puissante Fédération des Industries Nautiques, Yves Lyon-Caen, qui monte au créneau dans une lettre ouverte au Premier ministre. Le ton est courtois et respectueux, mais le fond est un peu plus… disons musclé.

Vous avez déclaré qu’un grand nombre de Français allaient retrouver un peu de liberté…

Pour commencer, Yves Lyon-Caen rappelle à Édouard Philippe certains passages de son allocution du 7 mai sur le déconfinement. Il écrit notamment : « Monsieur le Premier ministre, le 7 mai, vous avez déclaré qu’un grand nombre de Français allait retrouver avec bonheur le 11 mai, ‘ un peu de la liberté qui leur a tant manquée pendant ces longues semaines de confinement, un peu de l’espace qui leur a manqué, un peu de la nature qui leur a manqué ’. Lors de cette allocution, vous avez également laissé aux préfets et aux maires, le soin de mettre en place des protocoles spécifiques pour notamment « permettre l’accès aux plages, lacs et centres nautiques dans le respect des exigences de sécurité sanitaire ». L’ensemble de la communauté nautique (industries et services, monde sportif, ports de plaisance et associations d’usagers) s’y était préparé en travaillant sur des guides, chartes ou référentiels sanitaires. Ce travail est pleinement opérationnel aujourd’hui. »

L’ensemble de la communauté nautique avait salué cette annonce

« À la suite de votre intervention, nous avons pris l’attache de vos collaborateurs qui ont confirmé la demande que portait notre Fédération depuis plusieurs semaines : la liberté de naviguer était rendue au même titre que celle d’aller et venir sur le plan « terrestre ». Des instructions ont été depuis adressées et relayées par certaines préfectures maritimes dès la fin de la journée du 7 mai. L’ensemble de la communauté nautique a salué cette annonce. »

Un revirement

Jusqu’ici tout va bien, même si on sent que ce petit rappel annonce autre chose de moins amène… et ça ne manque pas quand Yves Lyon-Caen dénonce, poliment mais vertement, un décret qui selon lui constitue « un revirement » (par rapport aux annonces du 7 mai) et qui « sème le doute et l’incompréhension »

Voici ses mots :

« Cependant, la parution aujourd’hui du décret du 11 mai 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire sème le doute et l’incompréhension.

D’abord l’article 9 de ce décret vise spécifiquement l’interdiction des activités nautiques et de plaisance. Jusqu’alors, les seules restrictions évoquées dans votre discours concernaient les plages, les lacs et plans d’eau. Pourquoi un tel revirement ?

En l’état donc, la rédaction de ce texte laisserait supposer que le préfet de département pourrait déroger à une règle générale d’interdiction de la plaisance et de la pratique nautique, à la demande du Maire, et pour autant que les prescriptions de l’article 1 (mesures barrières) et de l’article 7 (pas de rassemblement de plus de 10 personnes) soient respectées. »

Pourquoi une telle complexité ?

Et le président de la FIN enfonce le clou : « Concrètement, si la navigation de plaisance est aujourd’hui autorisée par les Préfectures maritimes, l’accès au bateau serait lui conditionné à une autorisation locale des préfets de départements, sur demande motivée du Maire, qui permette d’accéder au port de plaisance par exemple. Pourquoi une telle complexité ?

Monsieur le Premier ministre, nous connaissons votre attachement de longue date à la mer et à la plaisance. Jadis, vous déclariez qu’il fallait « maritimiser » les esprits. Nous avons parfaitement conscience des enjeux et des efforts déployés par votre gouvernement pour faire face à la pandémie, tant sur le plan sanitaire, qu’économique. Toutefois, nos concitoyens, qui sont 11 millions à pratiquer régulièrement une activité nautique, et 4 millions à naviguer, aspirent à retrouver cette liberté, cette nature et cet espace que vous évoquiez. »

Faites-nous confiance

« Les empêcher à nouveau de reprendre la mer serait une mesure incomprise, d’autant que la quasi-totalité des départements littoraux se classent en vert aujourd’hui et que les risques de contamination dans le cadre de cette activité en plein air sont très faibles. La communauté nautique est composée de marins et d’amoureux de la mer, par essence, responsables et conscients des enjeux de sécurité et de santé. »

« Cette reprise de la navigation est aussi essentielle pour la filière nautique. L’industrie nautique française compte plus de 5 000 entreprises et emploie près de 42 000 personnes. Elle exporte 75 % de sa production nationale et se classe dans les premiers sur le plan mondial. Préserver la saison estivale reste pour l’ensemble des acteurs de la filière comme du secteur nautique, un enjeu substantiel aujourd’hui.

Tous, plaisanciers comme professionnels, sont prêts pour reprendre leur activité, de loisir ou de travail, dans des conditions sanitaires sécurisées.

Vous avez conclu votre intervention jeudi dernier sur le thème de la confiance que vous placez en chacun de nous pour atteindre « l’équilibre entre la sécurité sanitaire qui est importante et décisive, et la reprise de notre vie. Faites-nous confiance. »

La lettre ouverte d’Yves Lyon-Caen s’achève sur les formules de politesse d’usage.