Excellente idée ! ! !

Île de Ré : le banc du Bûcheron, un plateau de choix pour les plaisanciers

Île de Ré : le banc du Bûcheron, un plateau de choix pour les plaisanciers
Le banc du Bûcheron, seuil du Fier d’Ars, s’étire sur plus de 4 kilomètres.

Ph. B.

Arrêt au banc du Bûcheron, ou comment vivre une aventure « sauvage » avec une glacière bien garnie. Le bout du monde est à dix minutes en mer d’Ars-en-Ré.

Il est aux Rétais ce qu’Arguin évoque aux Arcachonnais. Un incontestable paysage de désir que tous rêvent de conquérir un jour, mais que peu d’élus rejoignent. Même si lors des marées de vives eaux de l’été, lorsque la mer recule au plus bas, le terme de cohue y pêche cependant un sens tout marin.

Car on se bouscule alors sur le banc du Bûcheron que la moindre petite embarcation à fond plat et faible tirant d’eau offre aux navigateurs confirmés, comme aux plaisanciers dont le permis côtier sent encore l’encre fraîche. Des aficionados de l’exotisme à portée d’étrave qui se reconnaissent en le nommant « Bûcheron », en toute sobriété, comme d’autres évoquent « la Patache », si simplement.

Plus de « banc de », ni de « plage de » dans une acception rétaise gourmande de ces raccourcis avec lesquels la tribu s’identifie. Paris en bord de mer, en être, ou pas, un parfum de sorbet de « La Martinière » en bouche. Voilààà quoi !

Sérieusement, être du « Bûcheron », c’est reconnaître un seuil sableux au Fier d’Ars ouvert sur l’immensité du pertuis Breton, face à la côte de Vendée. Le banc en serait la porte. Invisible à pleine mer et lorsque les coefficients de marées sont maigres, il s’ouvre en revanche à l’échouage deux heures avant la basse mer et jusqu’à deux heures après quand s’annonce le cycle des vives eaux – pour les spécialistes, dès que le coefficient de marée dépasse les 70, soit quinze jours ce mois de juillet.

Prononcer « biiitcher »

En arrivant du pertuis, cette langue de sable découvre alors à main droite, dès la présentation des trois premières bouées vertes balisant le chenal d’accès au Fier. En arrivant d’Ars, il n’y a qu’à suivre le chenal vers la sortie. Il bute sur cette blondeur vierge et interminablement étirée. Plus de 4 kilomètres de longueur et 900 mètres de largeur aux plus fortes marées, jusqu’à rejoindre la terre dans la courbure de l’anse du Fourneau. Impossible cependant de le conquérir à pied depuis la côte et jusqu’à son extrémité, un bras de mer le coupe en deux.

Jérémy Berny-Tarente, le parfait guide pour découvrir le pertuis Breton et son banc du Bûcheron
Jérémy Berny-Tarente, le parfait guide pour découvrir le pertuis Breton et son banc du Bûcheron

Crédit photo : Ph. B.

Mais pour en maîtriser l’abordage (le courant du Fier monte vite dans les tours), nombre de plaisanciers optent pour une séance de coaching auprès de Jérôme Berny-Tarente. Il y a deux écoles pour « beacher » (prononcer biiitcher, en rétais première langue) sur le Bûcheron, comprendre s’y échouer. Soit poser l’avant du bateau dans sa portion la plus pentue, hélice toujours en eau libre, prêt à repartir à tout instant ; ou alors se poser sur le haut du banc, coque bien à plat, et laisser tout le temps à la marée de vous remettre à flot. Jérôme, dirigeant de Bateau-école Poitou-Charentes, société flottaise délivrant 400 permis côtiers par an, s’adapte à la demande de chacun. Surtout lorsqu’il s’agit de préparer un client qui louera l’une de ses embarcations, ou de proposer une sortie personnalisée. Le Bûcheron, son père l’y a initié, et il le résume aujourd’hui d’une formule : « Comment veux-tu faire des clients mécontents ici ? »

Le vol du courlis dans le Fier, la bonne heure pour le resto de la Patache, la bonne fenêtre pour rentrer dans le port de Saint-Martin ou se perdre dans celui de Loix, Jérémy sait lire son trait de côte, et son calendrier des marées pour ne pas taper l’hélice sur le fond. Il est au pertuis ce que la haute montagne est au guide. Une assurance sécurité-bonheur.

En famille et entre amis

Le Bûcheron, un banc de sable à goûter en famille, le temps d’un pique-nique
Le Bûcheron, un banc de sable à goûter en famille, le temps d’un pique-nique

Crédit photo : Ph. B.

Et il est vrai que, question inspiration, le « Bûcheron », c’est du grand air. Olivier et sa tribu de vrais aventuriers sont venus de Nantes pour le respirer. Ils ont posé leur voilier, sur leur route des vacances maritimes. « Je voulais que les enfants voient ce qui se passe quand le voilier échoue », raconte l’ancien moniteur de voile UCPA converti ce matin-là en guide de pêche à pieds. Les coques abondent, il suffit de se baisser. À l’autre extrémité du banc, Ambre, « bientôt 5 ans le 30 juillet », en a garni un plein seau. La vedette Rhéa (autre joli symbole rétais) de Gilles et Marie, les grands-parents, a déposé l’intrépide Francilienne, en même temps que la table de pique-nique et les tabourets. Des abonnés de l’institution. Ambre bavarde, Marie écoute et sourit, Gilles pêche, et le temps passe… Marie évoque les 80 ans d’un ami et la centaine d’invités débarqués au Bûcheron pour souffler les bougies. Une tout autre logistique avec prestation de service « à domicile » d’une crêpière.

Toutes les folies sont permises sur le Bûcheron. Jacques, un Couardais propriétaire d’un petit zodiac y a même vu le piano et le concert d’un virtuose accompagné de sa cour toute de blanc vêtue. « Il nous a raconté ce moment pour nous appâter et le suivre », plaisante Claudine, une amie. Ce jour-là, la brise est un peu fraîche, ce n’est pas encore la bousculade du mois d’août. Jacques, Claudine, son époux, Patrick et Éliette, leurs amis stéphanois, tous novices du Bûcheron à une exception près, ont vite pris leurs marques, adoptant le banc dès lors qu’ils y avaient déposé leurs glacières. Une aventure au goût « sauvage ».

Des coques en abondance, et une partie de pêche à pied qui s’impose naturellement
Des coques en abondance, et une partie de pêche à pied qui s’impose naturellement

Crédit photo : Ph. B
Sud-ouest Philippe Baroux