Grand nettoyage

La Rochelle : les sédiments pollués 
du bassin des Chalutiers seront dragués

La Rochelle : les sédiments pollués 
du bassin des Chalutiers seront dragués
La pêche industrielle rochelaise est la source de la pollution des sédiments qui vont être dragués dans le bassin des Chalutiers

Archives Jean Gaillard / « Sud Ouest »

Le 21 janvier débutera le dragage des sédiments pollués. Ils seront valorisés à terre, au centre de traitement ouvert fin 2018 au Grand Port maritime.

Des molécules d’hydrocarbures polyaromatiques, des métaux lourds tel que le cuivre et le plomb, bref un parfait cocktail polluant. On le trouve dans les sédiments qui tapissent le fond du bassin des Chalutiers. Une couche épaissie au fil des décennies et dont la Régie du port de plaisance prépare le dragage.

Draguer la vase. On sait faire en Charente-Maritime. Une élinde est immergée avant aspiration. L’épais liquide noirâtre récolté est ensuite relargué en mer ; au niveau du phare du Bout du monde dans le cas des bassins des Minimes. La manœuvre vaut pour les sédiments bien notés au plan environnemental. Pour les mauvais élèves hors normes, c’est à terre qu’ils doivent être traités. Autrement plus coûteux.

Jusqu’à 3 mètres pollués

Pour la régie du port de plaisance, il était donc urgent… d’attendre. Mais, avec la mise en service en novembre dernier du centre de valorisation à terre des sédiments au Grand Port maritime de La Rochelle, une fenêtre toute proche s’est ouverte pour recycler les vases les plus polluées. La proximité du site autorise un coût plus acceptable, comme l’explique Bertrand Moquay, le directeur de la régie du port de plaisance : « Nous allons draguer pour 100 € par mètre cube. C’est un coût certain, mais il est deux fois moins élevé que toute autre solution de traitement à terre. »

Pour l’équipe du port de plaisance, draguer le bassin des Chalutiers est un projet d’envergure sur lequel elle commençait à travailler en 2011. Il a d’abord fallu cartographier le fonds du site pour que, le moment venu, l’élinde s’immerge à bonne profondeur. « En certains points, au pied du quai Louis-Prunier (NDLR, en bordure de l’ancien encan), la hauteur de sédiments atteint 2,5 à 3 mètres », précise le directeur de la régie.

Le chantier qui s’ouvrira le 21 janvier ne posera pas de problème d’exploitation, les mouvements des navires en entrée et sortie de bassin ne seront pas perturbés. Tandis qu’au fil de l’avancement de la drague, les unités de plaisance seront déplacées de place en place, et les pontons démontés puis remontés. C’est au niveau de la collection des bateaux du Musée maritime que le dossier se corsera (lire par ailleurs). Il s’agira alors de les déplacer.

Quoi qu’il en soit, la régie en finira avec cette pollution historique qui ne fait pas bon ménage avec la certification environnementale qu’affiche le port de plaisance. Une pollution héritée du passé industriel de la pêche rochelaise et de ses chalutiers qui débarquaient leur production dans ce bassin où s’effectuaient aussi des carénages qui, s’ils protégeaient les coques, larguaient alors des résidus de peintures chargées de plomb et autres métaux lourds particulièrement nocifs pour le milieu marin.

28 000 mètres cubes

La partie sud du bassin est la plus touchée. À l’inverse du nord (dragué en 2010 avant de recevoir les quelques grands voiliers de la Velux) et du pied de quai proche de l’élévateur de 150 tonnes, où se déroulent les opérations de mise à l’eau (dragué au début des années 2000, nous dit Bertrand Moquay, à une époque où les normes étaient moins restrictives qu’aujourd’hui).

Le volume total à extraire du bassin des Chalutiers est estimé à 20 000 mètres cubes. C’est six à huit fois moins qu’une campagne de dragage des bassins des Minimes, et deux fois moins que le curage du havre d’échouage dans le Vieux Port. S’y ajoutent 8 000 autres mètres cubes isolés. Il s’agit de poches localisées aux Minimes, au pied de l’élévateur à bateaux de la zone d’activités et dans l’angle du bassin du Marillac, au niveau de l’exutoire du réseau pluvial du lac de la Sole. Se déversent ici les eaux de ruissellement de la voirie, et celles qui, autrefois, provenaient du plateau de carénage.

En 2014, la régie du port de plaisance avait déjà financé 800 000 euros de travaux de mises aux normes de son aire de carénage pour remédier aux déversements polluants.

Les deux opérations du bassin des Chalutiers et des poches des Minimes se chiffrent à 2,8 millions que la régie du port de plaisance finance sur ses fonds propres.

Les scaphandriers ont commencé lundi à préparer les opérations de dragage
Les scaphandriers ont commencé lundi à préparer les opérations de dragage

Crédit photo : Jean-Christophe Sounalet

Un dragage en deux séquences

Lundi dernier, l’équipe de la société Le Scaphandre a commencé la préparation du chantier de dragage, lequel se déroulera du 21 janvier au 28 février. Durant cette séquence, la partie nord du bassin sera travaillée, jusqu’au niveau de la passerelle piétonne. Une seconde phase est prévue fin 2019, début 2020. Il s’agira alors de draguer la partie sud du bassin, aux abords du Musée maritime, avec la problématique que posera alors le déplacement des navires de sa collection.

Pour l’heure, le dragage se déroulera de 7 à 19 heures du lundi au jeudi, et de 7 à 13 heures le vendredi. Six à sept camions embarqueront la vase dans des bennes étanches pour la transporter au centre de valorisation, au Grand Port maritime, à raison de six à sept rotations quotidiennes pour chaque poids lourd.

Publié le par Philippe Baroux