Le Bougainville aux Bûcherons !

Croisières de luxe : l’escale au large de l’île de Ré vivement contestée

Croisières de luxe : l’escale au large de l’île de Ré vivement contestée
Le banc du bûcheron, une langue de sable se découvrant à marée basse dans le fier d’Ars, qui fait face à la plage de Trousse Chemise© Crédit photo : J. B.
Par Jocelyne Bargain

Politiques et associations de défense de l’environnement s’insurgent devant l’annonce faite par simple mail de la compagnie de croisières de luxe Ponant, propriété du groupe Pinault.

Le « Bougainville », navire de luxe de la compagnie française Ponant, a pris attache à Bordeaux depuis le 15 juin (notre article du 4 juin). Avec un départ hebdomadaire à partir du 4 juillet, le paquebot pouvant embarquer 184 passagers appareillera vers les îles du Ponant le 4 juillet. Île d’Aix, Hoëdic, île de Ré, Pasajes-Saint-Sébastien, Saint-Jean-de-Luz, bassin d’Arcachon, Cordouan et Talmont-sur-Gironde sont au programme de cette croisière d’une semaine. Afin d’acheminer ses passagers sur zone, 20 à 25 rotations d’embarcation de type Zodiac seraient nécessaires…

Cette compagnie se fait fort depuis trente ans d’emmener ses passagers dans les endroits les plus secrets de la planète, là où la nature règne en majesté. Elle a donc coché naturellement sur son programme d’excursion une halte sur le banc du Bûcheron. Cette langue de sable se découvrant à marée basse dans le fier d’Ars fait face à la plage de Trousse-Chemise. Tout un programme pour rêver nature les pieds dans l’eau.

Sud Ouest
 © Crédit photo : J. B.

C’est par un mail de la compagnie envoyé à la capitainerie d’Ars-en-Ré que les institutionnels ont découvert le programme de la journée escale dans l’île de Ré. Selon la communication et les données GPS, le mouillage du paquebot se situerait dans le pertuis breton, entre La Faute-sur-Mer et La Flotte-en-Ré. Afin d’acheminer ses passagers sur zone, 20 à 25 rotations de pneumatique de type Zodiac seraient nécessaires pour effectuer la liaison entre le paquebot et le banc du Bûcheron.

De plus, la communication ne laisse que peu de marge de manœuvre en affirmant :

Nous comprenons de la préfecture maritime que dans le cadre de ces croisières sur navires sous pavillon français, des autorisations de mouillage ne seront pas nécessaires »

Danièle Pétiniaud-Gros, maire d’Ars-en-Ré, et Lionel Quillet, président de la Communauté de communes de l’île de Ré, ont aussitôt réagi devant le fait presque accompli :

Nous nous opposons évidemment à cette démarche, aussi nous consultons les services de l’État pour connaître et nous appuyer sur les règles applicables sur le domaine maritime afin de leur formuler notre désaccord »

À l’évocation du débarquement de la première excursion le 7 juillet sur la fragile bande de sable sur un site protégé et classé Natura 2000, les associations environnementales sont entrées dans la danse avec Ré nature environnement, présidée par Dominique Chevillon, et Allain Bougrain-Dubourg pour la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux). De son côté, Anne Deniel, conseillère municipale en lice dimanche 28 juin pour briguer la mairie des Portes-en-Ré, s’insurge devant cet état de fait. En première ligne, la commune des Portes avec le « balcon » de Trousse Chemise plongeant sur le banc du bûcheron, elle a ainsi diffusé largement le mail d’information jusqu’à toucher Jacques Toubon, le défenseur des droits et résident des Portes-en-Ré.

L’affaire fait déjà grand bruit, elle agite le Landerneau rétais sur ses réseaux sociaux. Certains promettent un accueil à grand renfort de casseroles le jour J et les suivants au banc du bûcheron. Une note en Ré contre la compagnie du Ponant, propriété du puissant groupe Pinault ?

« Il s’agit d’une grosse maladresse de leur part »

Danièle Pétiniaud-Gros, maire d'Ars-en-Ré, et Lionel Quillet, président de la Communauté de communes de l'île de Ré.
Danièle Pétiniaud-Gros, maire d’Ars-en-Ré, et Lionel Quillet, président de la Communauté de communes de l’île de Ré.  © Crédit photo : J. B.

En fin d’après-midi de mercredi, l’heure était à l’apaisement du côté des élus. Lionel Quillet, président de la Communauté de communes de l’île de Ré, et Danièle Pétiniaud-Gros, maire d’Ars-en-Ré, revenaient sur les derniers éléments du sujet du jour en annonçant la couleur : « Il s’agit d’une grosse maladresse de leur part. »

Le sérieux et le côté naturaliste de la Compagnie du Ponant semblent avoir rassuré Lionel Quillet qui s’est entretenu avec le responsable en charge de la croisière nommée « Nature et terroir de Nouvelle-Aquitaine ». Selon l’édile, le responsable a reconnu une approche un peu cavalière dans l’absence de concertation avec les élus.

Pour autant, l’autorisation et l’aspect juridique sont laissés de côté – dans l’attente de réponse sur ce dossier des services de l’État – sur un banc de sable qui est donc tantôt submergé, tantôt découvert. Selon les deux élus, du fait de cette spécificité, le bon sens doit l’emporter, dans le but de préserver le banc du Bûcheron.

Un débarquement à Saint-Martin-de-Ré

Pour l’heure, une proposition de remplacement a été suggérée auprès du responsable de la croisière hebdomadaire avec une possibilité de débarquement par Zodiac dans le port de Saint-Martin par exemple. Une visite de l’île de Ré tout aussi attractive et plus respectueuse de l’environnement. « L’intérêt environnemental primera toujours sur l’intérêt économique » soulignait Lionel Quillet.

De plus, la maire d’Ars pointait l’impréparation au regard du calendrier établi par la compagnie du Ponant. Certains jours annoncés trouvant un banc du bûcheron submergé au vu du faible coefficient de marée.

Les élus seront-ils entendus ? « Réglementairement, un « non » ne veut pas dire avoir raison » laissait toutefois tomber Lionel Quillet avec prudence.