Litige chez Nautitech

Rochefort : litige sur le prix de Nautitech, l’ancien actionnaire réclame 775 000 €

Rochefort : litige sur le prix de Nautitech, l’ancien actionnaire réclame 775 000 €
Les nouveaux actionnaires de CMP soutiennent avoir acquis le chantier rochefortais en toute légalité.

XAVIER LÉOTY

L’ancien actionnaire de Nautitech dit ne pas avoir reçu le règlement complet de la vente en 2014. Bruno Voisard réclame 775 000 €.

Le fonds d’investissement allemand Capital Management Partners (CMP) est-il le propriétaire de Bavaria Catamarans, ex-chantier Nautitech SA à Rochefort, qu’il dit être ?

La question ressurgit en ce moment, alors qu’au salon de Düsseldorf en Allemagne, le plus gros rassemblement nautique européen, CMP communique fort sur la remise en avant de l’ancien nom de l’entreprise : Nautitech. Une opération d’image qui s’inscrit dans la stratégie commerciale que CMP met en œuvre depuis qu’il a repris le périmètre de Bavaria (ex-Nautitech inclus) qui était en redressement judiciaire.

Le sujet de la propriété des actions de Nautitech émerge aussi tel un écueil en raison des déclarations actuelles du fondateur et ancien propriétaire de Nautitech, Bruno Voisard. Lesquelles révèlent un imbroglio judiciaire où chacun tire à lui les arguments de la bonne foi, et qui viendra devant l’arbitrage du tribunal de commerce de Paris, le 28 mars.

Délai pas respecté

Le point de départ se résume facilement : un « impayé » revendiqué par Bruno Voisard. Nous sommes en juillet 2014, et l’ancien actionnaire majoritaire vend Nautitech SA à Bavaria Holdings. La transaction s’élevait à 4 165 000 €. Une partie payable comptant, le solde (1 550 000 €) payable ultérieurement. C’est sur cette partie restante que porte le litige. Bruno Voisard dit que le compte n’y est toujours pas quatre ans plus tard, et fait valoir une dette de 775 000 €.

Un délai avait été fixé au 31 juillet 2017 pour son règlement. Mais Bavaria Holdings ne l’a pas respecté. Le 16 mars dernier, Bruno Voisard attaquait devant le tribunal de commerce de La Rochelle qui lui reconnaissait le bénéfice d’un nantissement des titres de Nautitech. En vertu de quoi, Bruno Voisard disposait dès lors d’un levier pour le règlement du solde, les titres constituant le socle d’une société.

Mais rien n’est simple dans cette affaire. À l’occasion de cette audience, l’ancien propriétaire apprenait aussi que Bavaria Holdings avait transféré les titres à Skipper Topco, société de droit luxembourgeois au capital de laquelle se trouvent deux entreprises immatriculées aux Caïmans et une troisième au Luxembourg. Skipper Topco qui sera déclarée en faillite à son tour quatre mois plus tard…

Ce qu’il va aussi apprendre, c’est que l’intégralité des actions du capital social de Nautitech a été transférée à Bavaria Yachtbau, la branche de la holding Bavaria qui fabrique les monocoques. Résumons : les titres chez Skipper Topco qui a dévissé ; et les actions chez Bavaria Yachtbau qui, à son tour, va boire le bouillon. C’est la mise en redressement judiciaire intervenue au printemps dernier, et à l’issue de laquelle CMP a lancé l’opération sauvetage de Bavaria Yachtbau.

Bruno Voisard ne lâche rien. Il introduit une deuxième action judiciaire dite « paulienne ». Cette fois devant le tribunal de commerce de Paris dans le ressort duquel avait été signée la vente initiale de Nautitech, en 2014. Au travers de cette procédure qui viendra à l’audience de mars, Bruno Voisard ne poursuit qu’un but : « Obtenir l’annulation du transfert des actions de Nautitech à Bavaria Yachtbau et des titres à Skipper Topco. » Pour faire valoir que, Bavaria Holding ayant aussi été liquidée, les titres de Nautitech lui reviennent, puisqu’il est bénéficiaire d’un nantissement.

Hervé Blanché attentif

Depuis le salon allemand, CMP, le nouvel actionnaire, a commencé à se défendre, publiant un communiqué dimanche soir. Il y fait valoir que Bavaria Yachtbau est « la société mère de Bavaria Catamarans » (ex-Nautitech). Et que tous les droits et privilèges se rapportant à l’intégralité des actions de Bavaria Catamarans ont été acquis « en toute légalité ».

À Rochefort, le président de l’Agglomération Hervé Blanché suit de près le sujet. En qualité d’avocat, et de premier magistrat de Rochefort. D’autant plus attentif qu’à l’automne dernier il assurait CMP du soutien de l’Agglomération pour son projet de création d’une nouvelle usine aux abords immédiats du port de commerce. Le contentieux ne remet pas en cause l’investissement du service économique de l’Agglomération rochefortaise sur le sujet, assure son président qui ajoute : « En tant qu’élu, je ne prends pas partie dans cette affaire. Je connais Bruno Voisard et il est légitime qu’il veuille être payé de l’investissement qu’il a donné pour Nautitech. Mais c’est un problème à régler entre l’ancien actionnaire et l’actionnaire actuel qui doit considérer s’il doit quelque chose ou pas. En tant qu’avocat, je dis que c’est un dossier compliqué où se mêle une procédure collective, peut-être une procédure de droit allemand que je ne connais pas trop. Ce n’est pas simple. »