Quand R M prend l’eau !

Agglomération de La Rochelle : tempête sur la marque RM

Agglomération de La Rochelle : tempête sur la marque RM
Olivier Gainon, président de Aime Mer, société holding de Fora Marine, cherche une sortie dans le gros temps

XAVIER LÉOTY

Aime Mer, société holding coiffant le chantier Fora Marine de Périgny, fabricant des voiliers RM, est dans le rouge. Fora Marine demande le redressement judiciaire.

Mercredi dernier, le RM 1180, nouveau venu dans la gamme du chantier Fora Marine de Périgny, recevait à Paris le titre de Voilier de l’année. La logique commanderait que le pavois soit hissé haut pour cette distinction décernée au Salon nautique, et très convoitée par les entreprises de la filière. Mais rien ne semble devoir tourner rond depuis que Fora marine a été vendue, voici bientôt trois ans, par celui qui en tenait la barre depuis 2002.

En fait de champagne coulant à flot, c’est plutôt la fumée d’une fusée de détresse qui se propage. Le panache enveloppe l’inquiétude de cinquante salariés torturés par l’avenir de l’entreprise, la crainte de ses fournisseurs en attente du règlement de leurs créances, et il couvre les appels au secours de la direction.

Jugement du 11 septembre

Par jugement en date du 11 septembre dernier, la holding financière (la SAS Aime Mer), qui coiffe le chantier Fora Marine, a été placée sous sauvegarde. Ses dettes s’en retrouvent figées et les créanciers Grosjean comme devant. Pour une période de six mois, le temps « de laisser une chance » à son PDG de « redresser la situation ». Cette procédure de sauvegarde a été déclenchée par le tribunal de commerce de Bordeaux, ville où est domicilié le siège de la holding.

Un éloignement de l’écosystème nautique rochelais salutaire pour agir dans la discrétion mais vite mis au jour par une longue traînée de rumeurs colportées de stand en stand tout au long de cette semaine, dans le creuset du Nautic de Paris. Où la promiscuité des exposants facilite la propagation. Il y était question de « grandes difficultés financières », de bruit de « reprise de l’entreprise », de « montants élevés de dettes ».

La société Aime Mer n’est pas en mesure de surmonter seule ses difficultés

Qu’en est-il en vérité ? Dix mois après la vente, la holding Aime Mer – dont le sort financier est lié à la santé de son unité productive Fora Marine –, amorçait déjà son déraillement. Le résultat net apparaissait en négatif à – 1,6 million d’euros fin 2017. En 2018, la descente se poursuivait. L’actionnaire majoritaire à l’achat lâchait la direction des affaires et Olivier Gainon, lui aussi présent pour l’achat du chantier en mars 2017, prenait la main. Sa tactique pour sauver ce qui pouvait encore l’être ? Retrouver des gains de productivité chez Fora Marine mais aussi engager la discussion avec les banques pour Aime Mer. Et pour cause, deux emprunts de 975 000 euros avaient été contractés (1) pour compléter des apports personnels en vue de l’achat de l’entreprise réalisé pour 3 millions. Le dirigeant recherchait la suspension des échéances bancaires, ce qu’il parvenait à obtenir partiellement.

Redressement judiciaire

Mais, les banques ne vont pas tarder à réclamer le remboursement des sommes dues. La société Aime Mer n’a encaissé aucun dividende compte tenu des pertes de Fora Marine et son résultat d’exploitation reste négatif. Les pertes enregistrées au 31 décembre 2018 s’élevaient à 2,6 millions. Toutefois, le passif (2,3 millions) de la holding est inférieur à l’actif (3,3 millions). Qu’en est-il un an plus tard ?

Aime Mer est dans des difficultés qu’elle « n’est pas en mesure de surmonter », résume le juge. « Ce que j’entends sur le salon, c’est tout et n’importe quoi, se défend le PDG, Olivier Gainon. L’idée était bien de discuter avec les banques. Mais comme elles n’étaient pas motivées, nous nous sommes mis dans une procédure qui gèle tout, la sauvegarde. » Ce que ne dit pas le dirigeant, c’est que ce vendredi, le tribunal de commerce de Bordeaux a reçu une demande d’ouverture de procédure de redressement judiciaire pour Fora Marine, la société d’exploitation d’Aime Mer. Dossier appelé en urgence et à huis clos mercredi prochain.

(1) Auprès de la Banque populaire Aquitaine Centre Atlantique et du Crédit lyonnais.

Intéressé par la reprise, il se rétracte

Il s’apprêtait à déposer une offre de reprise de la société Aime Mer – et par voie de conséquence de Fora Marine – devant le tribunal de commerce de Bordeaux, mais il s’est finalement rétracté. Préférant conserver l’anonymat pour témoigner de son analyse, ce Rochelais estime « qu’il eut été illogique de mettre de l’argent dans l’affaire, un trop gros risque financier. Dans cette boîte, il faut repartir de zéro à tous les niveaux, il y a une production énorme à reprendre, une dette fournisseurs de plusieurs centaines de milliers d’euros. Tout mis bout à bout, il faut engager 1,5 million pour espérer gagner de l’argent deux ans plus tard. C’est un puits sans fond. » En l’état actuel, il s’est mis en retrait, mais ne « jette pas l’éponge » définitivement. « Selon l’avenir de la procédure en cours, s’il y a liquidation, je reviendrai peut-être sur ce dossier. »

Philippe Baroux  Sud-Ouest