Que de belles escales !

Vidéo. Le « Belem » prépare sa rentrée à La Rochelle, d’autres grands voiliers attendus

Vidéo. Le « Belem » prépare sa rentrée à La Rochelle, d’autres grands voiliers attendus
Le « Belem » en cours d’entretien hivernal au Grand Port maritime reviendra deux fois à La Rochelle avant l’été.

Xavier Léoty

Le célèbre trois-mâts prépare sa sortie de l’hiver au Grand Port maritime de la Pallice. Grande séquence d’entretien en cours avant le début de sa saison.

Le nouveau bassin à flot de la Pallice a tout juste six années d’existence lorsqu’en juin 1896, le chantier naval nantais Dubigeon met à l’eau le « Belem ». Cent vingt-trois ans plus tard, l’un et l’autre de ces monuments écrivent un chapitre commun de leur histoire. Depuis le 13 janvier dernier, le trois-mâts barque, fleuron du patrimoine historique navigant tricolore, est au sec dans l’une des deux formes de radoub du Grand Port maritime de La Rochelle, autre colosse des temps anciens.

Qu’il s’agisse de la cale sèche ou du vieux gréement propriété de la Fondation Belem, le temps n’a pas de prise. Et c’est parce que le « Belem » requiert un entretien annuel poussé que la forme de radoub rochelaise le reçoit pour cette séquence d’arrêt technique, incontournable prélude à sa saison 2020 qui débutera le 1er avril prochain, au départ de Nantes.

Des travaux de maintenance et de carénage pilotés par la société rochelaise Lecamus à laquelle s’agrègent pour l’occasion plusieurs sous-traitants, dans un schéma identique à celui qui avait présidé à des opérations similaires, voici trois ans.

Le « Belem » doit quitter la forme de radoub en milieu de semaine prochaine, puis le port de commerce fin février, au terme de ce rafraîchissementponctué de quelques opérations un peu plus poussées que d’habitude, telles que la dépose de ses deux hélices et de leurs arbres de transmission, ou la mesure de l’épaisseur des tôles d’acier de la coque.

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Crédit photo : Xavier Léoty

Le plus vieux navire inscrit

« C’est le plus vieux navire au monde inscrit au bureau Veritas, l’organisme de certification », souligne avec un brin de fierté le commandant du navire, Aymeric Gibet (deux commandants se relaient à la barre du navire, Aymeric Gibet et Gweltas Thirion). Un navire qui reçoit 2 000 personnes à bord par an, stagiaires ou bénéficiaires de navigations privatisées. Cette spécificité d’emploi rehausse le niveau de contrôle des équipements, et notamment des appareils dédiés à la sécurité du public.

Dans le fond de la forme, les deux ancres du navire ont été déposées ; les 300 mètres de chaînes des mouillages (trois fois la longueur du navire) sont déroulés et lovés avec soin. Vérification de l’usure des maillons, mise en peinture de certains d’entre eux pour marquer des repères tous les 27 mètres, utiles lorsque l’ancre est mouillée.

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Crédit photo : Xavier Léoty

L’opération déleste aussi l’avant du navire dont la structure souffre toujours de ces séjours hors d’eau pour lesquels il n’est pas conçu. Ses 800 tonnes d’acier et de bois sont posées sur des tins (grosses cales alignées sous la quille du navire) et tenues verticales par des accores, longs madriers calés entre coque et murs de la forme.

La pression sur la structure est intense au point qu’avant la mise au sec, les hublots sont ouverts pour éviter que leurs verres ne claquent à l’assèchement de la forme de radoub ; elle fait apparaître quelques désordres sans conséquences majeures : des portes qui ne se referment plus, des joints de peinture qui s’ouvrent, etc. Une mise au sec ne doit donc jamais s’éterniser.

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Crédit photo : Xavier Léoty

Déjà, la peinture sous la ligne de flottaison est réalisée et, au-dessus, les œuvres mortes ont été préparées à recevoir le blanc et le noir, signature visuelle du « Belem ». Des travaux de peinture confiés à la société SETA.

48 stagiaires à bord

Des chaudronniers de chez Lecamus s’affairent sur divers postes de travail ; à la machine, les pompes sont à réviser, la tuyauterie à contrôler et les vannes de coque à vérifier.

Sept marins présents à bord en hiver croisent le chemin des équipes des entreprises prestataires de service et absorbent une partie de l’entretien. L’un d’eux par exemple peignait mercredi dernier les colliers qui assujettissent aux mâts les vergues soutenant les voiles ; des pièces que les chaudronniers avaient au préalable remises en état. Côté cuisine, un menuisier refaisait une cabine à neuf.

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Crédit photo : Xavier Léoty

Chaque année, l’exploitation du navire avale un budget de fonctionnement de près de 3 millions d’euros, que le mécénat indéfectible depuis quarante ans de la Caisse d’Épargne abonde à 50 %. Le montant restant est alimenté par son exploitation commerciale. Aussi doit-il être au mieux de sa forme pour embarquer par groupes de 48 ses stagiaires, souvent inexpérimentés, auxquels 16 marins professionnels et le trois-mâts offrent les joies de la haute mer.

2020, une année record pour les grands voiliers

Seize escales de 14 navires d’exception. C’est une année record que réserve au public en 2020 la Régie du port de plaisance de La Rochelle. L’effort engagé depuis trois ans dans l’accueil de beaux navires au bassin des Chalutiers –des rendez-vous toujours salués par une belle affluence populaire–, se traduira donc par un calendrier nourri.

Si le « Sam Simon », le navire océanographique de Greenpeace n’entre pas dans la catégorie des beaux et grands voiliers attendus par la suite, c’est à ce navire non moins remarquable qu’il reviendra d’ouvrir du 28 février au 9 mars prochain cette session.

En avril, puis en juin, septembre, octobre et novembre, 13 autres unités, des vieux gréements ou répliques de vieux gréements, viendront ensuite s’amarrer au quai Sénac-de-Meilhan. Sans préjuger de l’issue de négociations en cours avec les armements qui pourraient densifier cette fréquentation.

Le « Français » (premier plan) et le « Galeon Andalucia » sont annoncés dans le bassin des Chalutiers en 2020.
Le « Français » (premier plan) et le « Galeon Andalucia » sont annoncés dans le bassin des Chalutiers en 2020.

Crédit photo : archives romuald augé

Opération séduction

L’essentiel de cet apport résulte du travail de fond que mène la Régie du port au sein de l’organisation Sail Training race, organisateur de la Tall ship race, un rallye où s’engagent chaque année certains des plus beaux navires de la planète.

À Anvers, en décembre dernier, où Sail training race tenait l’une de ses rencontres, le représentant de la Régie du port, Patrice Bernier, est allé au contact de plusieurs armateurs dans le cadre d’entretiens en tête à tête menés sous la forme de « speed meetings ». Il a pu leur présenter les atouts de l’escale. Des échanges qui venaient compléter les rencontres informelles qu’il eut précédemment avec certains commandants de ces prestigieux navires lors du dernier grand rassemblement de Rouen. Tandis qu’une autre partie des échanges s’est déroulée dans le cadre du Salon nautique de Paris, en décembre également.

« Les commandants ont tous les mêmes demandes.  »Ils veulent la possibilité de vendre des stages à bord de leurs navires ; la possibilité de privatiser leur navire dans le port ; enfin, l’ouverture à des visites payantes », détaille l’ambassadeur rochelais. Si le port de La Rochelle est en mesure de satisfaire leurs volontés, pour rendre l’escale plus attrayante encore, il met aussi en avant les possibilités de découverte et le charme de la ville. De même, les armements se voient-ils proposer la gratuité de l’escale.

Premières escales

Il faut aussi reconnaître que cette affluence exceptionnelle est servie par le calendrier des rassemblements estivaux de grands voiliers de l’été 2020 (Bordeaux en juin, Brest en juillet, Dunkerque et Amsterdam plus tard dans la saison) qui rapprocheront certains beaux navires de La Rochelle.

Plusieurs des 13 grands voiliers attendus ont déjà accosté ici. C’est le cas du « Belem », du « Shtandart », du « Français », du « Marité », du « Thalassa », de la « Santa Maria Manuela » ou du « Galeon Andalucia ». Mais d’autres fleurons feront une première escale remarquée, notamment l’ »Atyla » et l’ »Alexander Von Humboldt II ». Il faut aussi souligner la fréquentation remarquable concomitante de la prochaine Fête du nautisme, du 10 au 14 juin. « Belem », « Français » et « Shtandart » y seront ensemble une partie du temps.

Le calendrier des escales

Voici les dates des escales de navires remarquables annoncées dans le bassin des Chalutiers en 2020.

  • Du 28 février au 9 mars : « Sam Simon ».
  • du 8 au 10 avril : « My Julia Caroline ».
  • du 9 au 14 avril : « Belem ».
  • du 12 au 14 juin : « Shtandart » ; « Français ».
  • du 13 au 16 juin : « Belem ».
  • du 22 au 24 juin : « Marité ».
  • les 24 et 25 juin : « Thalassa ».
  • du 24 au 26 juin : « Atyla ».
L’ «Atyla», un nouveau venu.
L’ « Atyla », un nouveau venu.

Crédit photo : DR
  • en juin : « Santa Maria Manuela » et « El Galeon Andalucia » (à confirmer).
  • du 11 septembre au 6 octobre : « Français ».
  • les 29 et 30 septembre : « Blue Clipper ».
  • du 17 au 19 octobre : « Alexander Von Humboldt II ».
  • du 5 au 8 novembre : « Étoile », « Arm

Sud-Ouest Philippe Baroux