Sécurité assurée .

La Rochelle : à bord du « Chef-de-Baie », le nouveau baliseur qui inspecte les signaux maritimes

La Rochelle : à bord du « Chef-de-Baie », le nouveau baliseur qui inspecte les signaux maritimes
Le « Chef-de-Baie », 27,20 m de longueur par 7,4 m de largeur, nouveau baliseur.

j.-C. S.

Le « Chef-de-Baie » est le nouveau baliseur avec lequel le service des Phares et balises entretient les signaux de navigation, des Sables-d’Olonne à Mortagne-sur-Gironde.

Depuis le début de l’année, le « Chef-de-Baie » relève ses premières balises. Haute coque grise barrée d’une écharpe tricolore, le nouveau venu de la flotte des Phares et balises inspecte les signaux maritimes qui, de Mortagne-sur-Gironde au sud, aux Sables-d’Olonne, au nord, pavent une zone maritime aux innombrables chenaux, aux multiples ports, aux nombreux dangers isolés. Tous repérés sur les cartes, tous signalés aux navigateurs.

C’est depuis le port de La Rochelle que ce baliseur de 27,20 mètres de longueur et ses 10 marins activent leur veille. Un outil moderne adapté aux spécificités de nos eaux. Ce n’est en effet pas la moindre des fiertés de son équipage qu’être parvenu à obtenir le navire répondant à ses attentes. « On ne travaille pas en Méditerranée comme en Atlantique, la Bretagne a ses particularités, la Charente-Maritime les siennes, en vertu de quoi les navires des Phares et balises sont tous particuliers, chacun avec ses spécificités adaptées au programme de leur zone de travail », résume son commandant, Pascal Le Sommer.

Frédéric Le Sommer aux commandes de la grue de 18 tonnes, Karim Bacolo, Nicolas Dagan et Fabian Queré hissent une balise de 800 kilos, par l’arrière du « Chef-de-Baie »
Frédéric Le Sommer aux commandes de la grue de 18 tonnes, Karim Bacolo, Nicolas Dagan et Fabian Queré hissent une balise de 800 kilos, par l’arrière du « Chef-de-Baie »

Crédit photo : j.-C. S.

Et c’est ainsi que le « Chef-de-Baie » a pris la relève de « l’Estrée », l’ancien baliseur totalisant trente-six années dans nos eaux. Comme son prédécesseur, il passe en revue près de 300 signaux qu’il vérifie systématiquement tous les deux ou trois ans, selon leur catégorie. De toutes formes, de toutes tailles, de tous poids, du simple espar fiché sur le fond qui pique la tête d’un chenal, au phare des Baleineaux, cette sentinelle du pertuis Breton marqueur altier du haut au fond sur lequel il est érigé.

Ce jour-là, « Chef-de-Baie » rejoint en quelques minutes l’entrée du chenal du Vieux Port de La Rochelle. La grue et les marins du bord doivent mettre au sec deux balises mouillées en vue du port de plaisance des Minimes qui signalent la route directe vers le Vieux Port. Une verte, une rouge de 800 kilos chacune, leurs lests de béton (750 kilos), et les 32 mètres de chaînes qui relient les flotteurs au fond.

Danger à Maumusson

La houle est sage, la brise piquante mais discrète, la manœuvre ne présente donc pas de difficulté majeure. « Nous serions à Maumusson, ce serait autre chose », ponctue le commandant par référence au pertuis qui se jette dans l’estuaire de la Gironde, devant La Tremblade. Pour maîtriser son approche des balises, Pascal Le Sommer quitte la barre et vient se placer sur l’arrière de la passerelle. Un second pupitre de commande y surplombe le pont de manœuvre libéré de tout obstacle ; la vue de l’opérateur est dégagée par de larges baies.

Le flotteur capte moules et parasites qui l’alourdissent…
Le flotteur capte moules et parasites qui l’alourdissent…

Crédit photo : j.-C. S.
… il est gratté, puis décapé avec un nettoyeur haute pression
… il est gratté, puis décapé avec un nettoyeur haute pression

Crédit photo : j.-C. S.

Vitesse douce, « Chef-de-Baie » se présente aux bouées par l’arrière. L’un des choix techniques retenu lors de la construction au chantier Delavergne, en Vendée. « Les blocs montent ainsi plus facilement. Question de sécurité, aussi. Lorsque nous travaillons à Maumusson, dans la houle, avec la charge, on ne peut plus se permettre de travailler par le côté de la coque, comme nous le faisions avec « L’Estrée ». » Le poids de la charge basculerait trop fortement le navire dans la houle formée.

Sur le chenal de La Rochelle, les mouvements sont fluides. Chaque balise est hissée à bord par le bras hydraulique en un tour de main. Puis vient la chaîne dont l’usure varie selon la nature du fond (plus intense sur le sable que la roche) et la profondeur d’immersion. « L’épaisseur de l’acier est mesuré. Quand la corrosion a dévoré un tiers de l’épaisseur initiale des maillons, la chaîne est remplacée. »

Sur le pont les uns déverrouillent des manilles récalcitrantes à grands coups de marteau ou avec le renfort du chalumeau. D’autres s’affairent sur le flotteur souillé de kilos de moules et des parasites captés en immersion. Ça gratte, ça décape au nettoyeur haute pression, dans un mouvement maîtrisé. Ne pas se fier à son apparente tranquillité, le danger rode. « Une glissade sur le pont, la chaîne qui file vite lors de la remise à l’eau… Quand une longueur de 50 mètres part, on la retrouve sous tension à 50 cm au-dessus du pont avec le coup de fouet. Un mauvais coup de houle, et tout dégage. »

Marteau et chasse-pointe pour débloquer les manilles oxydées
Marteau et chasse-pointe pour débloquer les manilles oxydées

Crédit photo : j.-C. S.

Taillé pour forte houle

C’est pour absorber les effets d’une mer plus mordante que ne l’est ce jour-là la rade rochelaise que le « Chef-de-Baie » est taillé avec de solides épaules hautes sur l’eau, et un tirant d’eau de 2 mètres sous la surface. Cela améliore son assise sur l’eau, tout en lui permettant d’atteindre les têtes des chenaux les moins profondes pour en relever les signaux.

L’épaisseur de l’acier des maillons est mesurée tout au long de la chaîne, au pied à coulisse
L’épaisseur de l’acier des maillons est mesurée tout au long de la chaîne, au pied à coulisse

Crédit photo : j.-C. S.

Guette aussi le danger d’engager la chaîne d’une balise dans l’un des deux pods, le dispositif de propulsion du navire. C’est pour cela que Pascal Le Sommer approche toujours en jouant avec le courant, « de telle sorte que le bateau s’écarte naturellement de la balise  ». Manilleur, grutier, maître d’équipage, à chacun son poste, à chacun son rôle, pour réduire davantage encore le risque omniprésent que fait peser la manutention de ces lourdes charges.

Depuis sa mise en service, « Chef-de-Baie » a déjà hissé à bord une petite dizaine de bouées. L’équipage et le navire commencent à s’apprivoiser l’un l’autre, le second ne décevant pas les premiers qui sont aussi fiers de faire visiter leur carré et les cabines. Ils ont aussi gagné en confort. C’est manifeste, sans renier les belles années de « L’Estrée » dont une toile orne la salle à manger.

Un navire de haute technologie

Le « Chef-de-Baie » est une construction en aluminium, matériaux plus léger que l’acier offrant une consommation de carburant plus réduite. En l’occurrence, 55 litres à l’heure. Modèle de nouvelle génération, il intègre une technologie tournée vers le développement durable. Sur le toit de la passerelle, des panneaux photovoltaïques et deux éoliennes rechargent des batteries. Une fois à quai, cette réserve d’énergie dispense de mettre en route le diesel d’un générateur pour fournir l’énergie nécessaire à l’équipage qui vit à bord. Dans le compartiment machine que présentent les chefs mécaniciens Frédéric Le Sommer et Claude Étiez, une unité de purification traite par filtration dans le sable et par UV les eaux grises du navire, celles provenant notamment du lave-vaisselle et des salles de bains. Les moteurs, deux Scania de 500 chevaux sont équipés de la technologie AD blue. Elle consiste en l’injection d’urée en sortie d’échappement pour brûler les gaz carboniques.

Basé à La Rochelle, le navire est la propriété de l’armement des Phares et balises dont le siège est à Quimper (Finistère) et qui dénombre 280 marins. « Chef-de-Baie » rend des prestations privilégiées à la subdivision des Phares et balises de La Rochelle, laquelle est basée dans l’enceinte du Grand Port maritime.

Philippe Baroux (textes) et Xavier Léoty (photos)