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Charente-Maritime : Fora Marine revient 
sur les écrans radars

Charente-Maritime : Fora Marine revient 
sur les écrans radars
Olivier Gainon est le nouveau PDG du chantier naval depuis un an.

ROMUALD AUGÉ

Le fabricant des voiliers RM aurait pu disparaître corps et biens. Après une grosse crise de management, Olivier Gainon a repris la barre. Il avance dans la réalisation de son projet.

« Il n’y aurait pas eu le carnet de commandes, la boîte serait morte depuis longtemps. » Olivier Gainon est depuis un an le nouveau PDG du chantier nautique Fora Marine, à Périgny. Ses paroles tranchées résument les deux années que vient de traverser le fabricant des célèbres voiliers RM. L’entreprise et ses 49 salariés sont-ils pour autant sortis de la tempête ? Il ne l’affirme pas. Mais il accepte d’informer sur l’état des lieux et la stratégie posée pour le sauvetage qui laisse imaginer que la confiance revient.

Évitant les précisions chiffrées, le dirigeant lâche cependant quelques indices qui disent d’où vient Fora Marine et où semble se diriger la PME. Après les résultats « très mauvais de 2017 » et « beaucoup moins négatifs de 2018 », le chantier naval pourrait retrouver, en 2019, « son point d’équilibre ». Qui aurait misé sur la chute libre du fleuron à la barre duquel Matin Lepoutre avait gagné de jolies parts de marché, de la PME à grande vitalité qui était parvenue à traverser la crise sans s’y abîmer ?

Car Fora Marine est bel et bien sortie des écrans radars après son rachat par Stéphane Sennac et un « pool » de plus petits actionnaires, au printemps 2017. « Une accumulation de facteurs » (lire par ailleurs), explique Olivier Gainon qui de second actionnaire détenteur de 15 % des parts sociales au moment du rachat s’est retrouvé majoritaire à 70 % l’an dernier.

L’acquéreur de Fora Marine, Stéphane Sennac, lui a alors transmis les clés en février 2018 avant de quitter discrètement l’entreprise, moralement atteint.

Les anciens du Medef

À cette époque, Olivier Gainon est encore pour quelques mois le directeur de cabinet du patron des patrons, Pierre Gattaz, le président du Medef, dont la fin de mandat est proche. Olivier Gainon se questionne : « Arrêter et vendre ce qui reste de Fora Marine ou essayer de poursuivre ? » Il poursuit. « J’aime bien les gens ici, l’entreprise est intéressante et cela vaut la peine d’y passer du temps. » Il y a de la sincérité dans la déclaration, mais on ne peut éluder la réflexion sur l’impact retentissant qu’aurait eu l’annonce du naufrage d’une entreprise partiellement détenue par Pierre Gattaz (toujours actionnaire minoritaire aujourd’hui) et son ancien directeur de cabinet…

Toujours est-il qu’Olivier Gainon reste dans l’affaire et se retrousse les manches. Il reprend patiemment ce que son furtif prédécesseur a détricoté. Cela commence par le recrutement d’un chef de production après deux occupants du poste testés en deux ans suivi de celui d’une nouvelle responsable Relations humaines, la précédente n’était pas parvenue à travailler en confiance avec Stéphane Sennac. Autre choix : six mois durant l’an dernier, un outil informatique de modélisation du plan de production a aussi été testé. « Il nous permet de mieux évaluer l’impact des plus grosses unités sur notre plan de production », résume le dirigeant dont les propos renvoient aux retards qui ont été préjudiciables durant l’exercice 2017. « Volontairement en 2018, pour recaler nos fonctionnements, nous avons abaissé la production de 45 à 38 unités », ajoute-t-il en précisant que des défaillances sur la qualité des bateaux produits étaient pointées.

Le changement, c’est maintenant ? « On essaie d’être transparent, participatif, d’intégrer les gars. » Car l’hémorragie a aussi touché l’atelier, à une période où les voisins du nautisme recrutaient à tours de bras. L’équipe est devenue l’investissement prioritaire, avec la mise en place de « référents dans la plupart des métiers, pour remonter sur la qualité ». Le magasin de pièces détachées n’est plus non plus un « open bar » où l’on se sert avant de remettre en vente sur le site Internet Le Bon coin.

Un modèle pour l’export

Ces bases reconsolidées, le pari a été tenté de reprendre un projet de nouveau modèle lancé par Stéphane Sennac et qui avait été mis en sommeil au creux de la vague. Ainsi naissait, il y a un mois, le RM 1 180 « qui doit illustrer notre positionnement vers le bateau “premium” ». Un navire voulu bien fini pour se lancer sur les marchés européens de l’export où Fora Marine reste un nain. Des lignes plus agressives, un choix radical dans l’ameublement, mais toujours le souci de la finition. « Pour aller à l’export, il fallait être sûr du “process” de fabrication, pour ne pas devoir envoyer le service après-vente finir le bateau à l’autre bout de l’Europe. »

Le modèle affirme aussi des choix de personnalisation possibles en lien avec des fabricants français, pour ses habillages intérieurs notamment. Olivier Gainon veut croire au “premium” « made in France » pour relancer l’entreprise. Dix-sept unités ont déjà été vendues sur plans, mais laissons du temps à son projet d’entreprise avant d’affirmer qu’il est viable.

Le millefeuille des problèmes

« Nous sommes arrivés avec une logique de rachat d’une entreprise en croissance. La réalité n’était pas celle-là. Fora Marine était bien en croissance, la marque est super et les bateaux sont bien. Mais l’entreprise rencontre des difficultés liées à sa croissance. Elle est à un palier. Un nouveau directeur de production a été recruté un an avant. Mais il se heurte à une production simple à comprendre, mais difficile à gérer. En décembre 2016, il y a aussi eu le déménagement de l’entreprise. Il a perturbé la production et alourdi les charges. Et puis arrive le nouveau modèle, le 1 370, le plus gros bateau de la gamme. Mis en production, il engorge le “process”, bloque la chaîne. Au final, le planning explose et nous sommes incapables d’honorer, en temps et en heure, certaines livraisons. Pour tenter d’honorer les délais, on recrute des intérimaires, mais on perd sur la qualité. C’est aussi l’époque où le responsable du service après-vente part à la retraite », explique Olivier Gainon.

S-O   Philippe Baroux